Amélie Chabannes - Flesh Excess
Tuesday May 8, 2007
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Sunday July 15, 2007
from
6:00pm - 12:00am
Amélie Chabannes peint ce qu’elle voit. Mais Amélie Chabannes ne voit pas comme nous. Sa peinture comme sa sculpture reflètent un univers parallèle : le sien.
Des corps entremêlés dont on ne saurait dire s’ils s’affrontent ou s’accouplent. Une atmosphère végétale où s’enchevêtrent racines, lianes et ronces. Une omniprésence de l’eau toujours prête à engloutir, à englober, à digérer.
Il y a du baroque dans ces corps hybrides et presque difformes, tantôt décharnés, tantôt débordants, gigantesques. Un mélange d’humanité et d’inhumanité.
Amélie Chabannes, c’est aussi un bestiaire fantastique, une zoologie mystérieuse, à la fois mythologique et surréaliste. Ici, un arbre jaillit du mors d’un cheval, nouvelle licorne… Là les hommes arborent des visages de satires ou de boucs, tandis que les êtres se métamorphosent en incubes et succubes.
Une possession traverse cet univers. Une obsession du trait, quelque chose de démoniaque, de dangereux. Comme si, contemplant ces œuvres, on entrevoyait le diable. Jérôme Bosch n’est pas loin dans cette tentation du détail vertigineux. Il plane aussi sur cet enfer de sensualité, de couleurs. Les tons d’Amélie Chabannes célèbrent les noces funèbres de l’eau et du feu, du dragon rouge et des carnations bleus. Acryliques franches, couleurs pures, sans être primaires. Rouge framboise, bleu canard, bleu nuit, entre vert d’eau et noir pétrole. Dans cette palette restreinte à quatre ou cinq nuances, tout traduit la recherche d’un langage entre brutalité et naïveté, enfance et sensualité.
Ce langage est précis, pensé, nourri. Il puise ses racines dans un univers visuel très éclectique. Les enluminures médiévales lui ont insufflé la flamboyance et l’ingénuité ; le Fitzcarraldo de Werner Herzog est pour beaucoup dans sa scénographie et son art de la démesure ; le tracé des eaux et des nuages n’est pas sans rappeler les arabesques d’Hokusai.
Dans cette nouvelle série, Amélie Chabannes nous propose un itinéraire à la fois politique et spirituel. Le péril écologique et la superstition ont guidé son inspiration.
Mais si Dieu se devine dans une ombre ou le sourire béat d’une foule, et si les corps d’oiseaux sont pris dans la cire comme par une marée noire, l’œuvre d’Amélie Chabannes entrouvre une autre porte. Celle d’un art à la fois étrange et familier, inquiétant et ludique, figuratif et irréel, cartoonesque et surréaliste. Un art onirique et sensuel où l’imaginaire le dispute au rêve.
text: Amelie Blanckaert